La connaissance du français est la dernière porte du parcours vers le permis de l’Ordre des pharmaciens du Québec, et c’est aussi celle qui fait circuler le plus de faussetés. On dit que l’examen de l’Office porte sur la pharmacie, qu’on n’a droit qu’à quelques essais, qu’il coûte cher, ou encore qu’il faut avoir réussi avant même de pouvoir travailler. Rien de tout cela n’est exact. Voici ce que disent réellement l’Ordre, l’Office québécois de la langue française et la Charte de la langue française.
Article rédigé le 21 septembre 2026. Les données proviennent du site de l’Ordre des pharmaciens du Québec et des documents de l’Office québécois de la langue française, consultés le 21 septembre 2026. Chaque source est citée à la fin, avec son adresse.
Un candidat diplômé à l’étranger peut réussir tout le parcours du Bureau des examinateurs en pharmacie du Canada, faire évaluer son dossier par l’Ordre, terminer sa formation d’appoint et son stage, et se retrouver bloqué à la toute fin par une seule exigence : la démonstration d’une connaissance du français. Comme cette étape arrive en bout de course, elle est souvent mal préparée et mal comprise. Elle mérite d’être expliquée avec précision, parce que la connaître d’avance change la façon de mener son parcours.
La règle, en une phrase
L’exigence ne vient pas de l’Ordre. Elle vient de la loi. La Charte de la langue française prévoit, à son article 35, qu’un ordre professionnel ne peut délivrer de permis qu’à une personne qui possède une connaissance du français appropriée à l’exercice de sa profession. L’Ordre des pharmaciens du Québec applique cette règle comme tous les autres ordres. Autrement dit, la maîtrise du français n’est pas un supplément facultatif : c’est une condition légale du droit d’exercer.
Ce qui change d’une personne à l’autre, c’est la manière de démontrer cette connaissance. Pour une bonne partie des candidats, aucun examen n’est nécessaire.
Trois façons d’être réputé connaître le français, sans examen
L’Ordre reconnaît qu’une personne satisfait à l’exigence, sans passer par l’examen de l’Office, si elle remplit l’une des trois conditions suivantes.
| Condition | Ce qu’elle veut dire |
|---|---|
| Études en français | Avoir suivi, à temps plein, au moins trois années d’enseignement de niveau secondaire ou postsecondaire dispensé en français. |
| Examens de langue maternelle | Avoir réussi les examens de français langue maternelle de la quatrième ou de la cinquième année du cours secondaire. |
| Diplôme secondaire québécois | Avoir obtenu un certificat d’études secondaires au Québec. |
La fausseté à écarter ici. Beaucoup de candidats croient qu’avoir étudié la pharmacie en français à l’étranger ne compte pas. C’est l’inverse. La première condition parle d’un enseignement secondaire ou postsecondaire dispensé en français, sans exiger qu’il ait eu lieu au Québec. Une personne qui a fait trois années de formation universitaire en français, dans un pays francophone par exemple, peut donc être admissible par cette voie. C’est à l’Ordre et à l’Office d’apprécier chaque dossier, mais la démarche vaut toujours la peine d’être tentée avant de s’inscrire à un examen.
Si aucune des trois conditions ne s’applique, la personne doit réussir l’examen de français de l’Office québécois de la langue française. C’est là que se concentrent la plupart des idées reçues.
L’examen de l’Office, ce qu’il est vraiment
Premier point, le plus important : l’examen n’évalue que le français. Il ne porte pas sur la pharmacothérapie, sur la loi sur la pharmacie ni sur aucune compétence professionnelle. L’Office le construit autour d’une étude de cas fictive inspirée de réalités professionnelles, mais ce qui est noté, c’est la langue, pas le contenu clinique. Un candidat solide en pharmacie qui redoute une seconde évaluation professionnelle peut se rassurer : ce n’est pas de cela qu’il s’agit.
Quatre activités, environ trois heures et demie
L’examen se déroule en quatre activités, qui couvrent les quatre versants de la langue.
| Activité | Durée |
|---|---|
| Compréhension écrite | 15 minutes |
| Compréhension orale et expression orale en groupe | 20 à 60 minutes |
| Expression écrite | 70 minutes |
| Compréhension orale et expression orale individuelle | environ 10 minutes |
La durée totale est d’environ trois heures et trente minutes, une pause de dix minutes comprise. Pour réussir, il faut atteindre, à l’oral comme à l’écrit, le niveau de compétence 1, 2 ou 3 établi par l’Office. L’inscription se fait par le Portail de l’examen de français de l’Office : on y crée un compte, l’ordre professionnel approuve la demande, puis on choisit une séance.
Gratuit, et des reprises illimitées
Deux faussetés tombent d’un coup ici. L’inscription à l’examen est gratuite. Et en cas d’échec, on peut le reprendre autant de fois que nécessaire. Il n’existe pas de plafond au nombre de tentatives.
La seule contrainte de temps. Entre deux tentatives, un délai réglementaire de trois mois doit être respecté, calculé à partir de la date du dernier examen. Ce délai n’est pas une punition : il laisse le temps de progresser réellement avant de se représenter. Il faut simplement l’intégrer à son calendrier, car trois mois d’attente peuvent déplacer une date de permis.
Peut-on commencer à exercer avant d’avoir réussi le français ?
C’est la question qui angoisse le plus, et la réponse mérite d’être nuancée plutôt que tranchée par un oui ou un non. La Charte de la langue française prévoit un mécanisme de permis temporaire pour les personnes venues de l’extérieur du Québec qui sont compétentes dans leur profession, mais qui ne satisfont pas encore à l’exigence de français de l’article 35.
Selon l’article 37 de la Charte, un ordre professionnel peut délivrer un tel permis temporaire pour une durée d’au plus un an. L’article 38 prévoit que ce permis peut être renouvelé au plus trois fois, avec l’autorisation de l’Office, ce qui porte la durée cumulée à au plus quatre ans. Le renouvellement n’est toutefois pas automatique : il exige que la personne se soit présentée à l’examen de français de l’Office au moins une fois au cours des douze mois suivant la délivrance du permis initial ou de son dernier renouvellement. La Charte prévoit aussi, à son article 40, un permis restrictif pour une personne déjà autorisée à exercer ailleurs, réservé à un seul employeur et à des fonctions sans contact avec le public, également soumis à l’autorisation de l’Office.
À bien comprendre. Le permis temporaire n’est pas une façon d’exercer indéfiniment sans français. C’est une fenêtre encadrée, de quatre ans au plus, pendant laquelle il faut avancer vers l’examen et le réussir, sous peine de ne pas pouvoir renouveler. Les modalités concrètes appliquées à un pharmacien varient selon les autres conditions de son dossier : elles se vérifient directement auprès de l’Ordre, qui décide de la délivrance.
Une fois le permis obtenu, le français ne se met pas de côté
Une dernière idée reçue veut que la connaissance du français ne concerne que l’entrée dans la profession. Ce n’est plus le cas. Depuis le 1er juin 2022, avec l’entrée en vigueur des modifications apportées à la Charte, les titulaires d’un permis doivent maintenir la connaissance du français appropriée à l’exercice de leur profession. L’obligation ne s’éteint donc pas le jour de la délivrance du permis : elle accompagne l’exercice.
Ce qu’il faut faire maintenant
Trois gestes concrets, dans l’ordre, pour aborder cette étape sans mauvaise surprise.
- Vérifiez d’abord si l’une des trois conditions de dispense s’applique à votre parcours, en particulier celle des trois années d’enseignement en français. Si oui, vous n’avez pas d’examen à passer, et vous transmettez la preuve à l’Ordre.
- Si l’examen est nécessaire, créez votre compte sur le Portail de l’examen de français de l’Office sans attendre la fin de votre parcours pharmaceutique, pour que le délai de trois mois entre tentatives ne devienne jamais le goulot d’étranglement de votre permis.
- Une fois l’examen réussi, transmettez votre attestation de réussite à la registraire de l’Ordre, à l’adresse courriel indiquée sur la page de l’Ordre consacrée à la connaissance du français.
En résumé. Le français est une condition légale du permis, pas une formalité. Mais l’examen de l’Office ne teste que la langue, il est gratuit, et les reprises sont illimitées, avec un délai de trois mois entre elles. Pour bien des candidats formés en français, la voie de la dispense évite même l’examen. La vraie erreur n’est pas d’échouer une fois, c’est de découvrir cette étape trop tard.
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Chez ACTeRX, nous formons depuis 2016 les pharmaciens diplômés à l’étranger qui visent l’exercice au Québec. Notre travail consiste autant à préparer les examens qu’à corriger les faussetés qui coûtent des mois, sources officielles à l’appui. Si vous préparez votre permis, nous pouvons vous aider à situer chaque étape, y compris celle du français, dans un calendrier réaliste.
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Sources
Ordre des pharmaciens du Québec, Connaissance de la langue française, consulté le 21 septembre 2026. https://www.opq.org/devenir-pharmacien-au-quebec/connaissance-du-francais/
Office québécois de la langue française, Examen de français destiné aux ordres professionnels, foire aux questions, consultée le 21 septembre 2026. https://www.oqlf.gouv.qc.ca/francisation/ordres_prof/examen-francais-faq.html
Office québécois de la langue française, Foire aux questions sur l’examen de français, document PDF, consulté le 21 septembre 2026. https://www.oqlf.gouv.qc.ca/francisation/ordres_prof/documents/faq-examen.pdf
Office québécois de la langue française, Loi et modalités de délivrance des permis, document PDF, consulté le 21 septembre 2026. https://www.oqlf.gouv.qc.ca/francisation/ordres_prof/documents/loi-modalites-delivrance-permis.pdf
Charte de la langue française, RLRQ chapitre C-11, articles 35, 37, 38 et 40, tels que présentés par les documents de l’Office québécois de la langue française cités ci-dessus.
